05/09/2011

N°11 - L'Entretien avec....COULEURS ZAOULI

Rentrée oblige, la rubrique de l'entrretien reprend son cours
Aujourd'hui je vous présente les créations "Couleurs Zaouli". C'est Christine, sa créatrice,  qui répond à mes questions.

Carolina León Firrell : Décrivez votre travail
C : Je conçois et réalise des parures-bijoux constituées de cocktails de matières : pierres (y compris précieuses lorsque je le sens comme ça), murine de pâte polymère, étoffes de soie (velours, mousseline…), cristal Swarovski, perles , fibres variées (bambou, laines brutes …) Les pièces vont des petits pendants d’oreilles aux colliers très imposants. J’utilise également des techniques liées au textile. J’adore jouer à la sorcière dans mon atelier en mêlant tout ça pour créer des mini mondes.
CLF : Comment décririez-vous les personnes qui achètent vos créations?
C : Il s’agit de femmes aussi bien jeunes que moins jeunes, aimant les objets qui signent une silhouette et un style de façon affirmée, plus femmes que femmes-enfants, qui assument une identité visuelle forte et raffinée. Ce sont généralement des femmes amatrices de pièces artistiques.
Viennent aussi des hommes, qui souhaitent offrir un objet en prenant le risque de sortir des schémas classiques. Ma clientèle comprend aussi des collectionneurs temporaires (qui stockent et offrent plus tard, lorsqu’ils sont décidés à se séparer des objets), ou permanents.
CLF : Quel est le regard des gens sur vos créations ?
C : Les regards sont rarement indifférents : soit négatifs, soit positifs. Je vois souvent les gens plonger dans mes bijoux, chercher l’histoire qui est tapie dedans, imaginer le chemin parcouru par mes yeux et ma main, puis sourire. C’est extrêmement touchant, à chaque fois.
 CLF : Vos sources d’inspiration ?
C : Ce sont plus souvent des torrents que des sources ! Tout simplement car derrière le jaillissement spontané ou provoqué d’une idée se profile toute l’arborescence des possibles interprétations de cette idée.
Du point de vue humain, les échanges (conversations) improvisés avec des amis (créateurs parfois, mais pas seulement) me nourrissent, cela fait jaillir les idées.
Le monde végétal est celui qui m’attire le plus, il me happe même parfois, il représente tellement le vivant à mes yeux ! Les écorces des arbres me fascinent, les fleurs également, mais aussi les poissons et les oiseaux exotiques, les nudibranches, ainsi que des tas de  bestioles microscopiques dont je ne connais pas le nom. Les cultures lointaines aussi me font naître des déclics, je pense à la carte postale d’un édifice Malien qu’un ami lui-même Malien vient de m’envoyer : en découvrant sa signification, j’ai souhaité l’interpréter en collier. En fait ce serait plus court si je disais ce qui ne représente pas une source d’inspiration. Même certaines personnes qui ont été mes ennemis peuvent m’inspirer : je me sers de ce que j’ai vécu grâce à elles pour en faire jaillir du beau.
CLF :   Pouvez-vous décrire en un mot dans quel état vous êtes en faisant votre travail ?
C : Le mot approprié est à la fois le plus simple et le plus compliqué : « heureuse ».



CLF : Pour démarrer une nouvelle création…il vous faut……
C : Un désir. Ou plusieurs. Et comme c’est fréquent, j’ai beaucoup de choses « démarrées »
CLF :   Votre outil favori ?
C : Mes yeux. Et comme ils sont directement reliés au bout de mes doigts, je peux donc dire mes mains aussi…
CLF : Quelle étape de la réalisation préférez-vous ?
C : Je les aime toutes. Désolée pour cette réponse bateau, c’est la seule qui me vient.
CLF :   Trois mots maximum pour décrire votre atelier
C : “Do not disturb”. Ça c’est pour  mon atelier idéal. Mon vrai atelier est, lui, « un affreux capharnaüm »
CLF :   Exercer un métier d’art est formidable car…..
C : Car on est en parti dans la remise en question permanente (inspiration, technique…) : c’est un métier dynamique. Et puis zut, ça c’est le politiquement correct. La réalité politiquement incorrecte c’est qu’on se sent puissant en exerçant son art, et qu’on ne s’en lasse pas. Mais ça, c’est difficile à reconnaître sans passer pour un créateur cosmique à l’ego gonflé à l’hélium… Alors que reconnaître se sentir puissant lorsque l’on crée, c’est précisément un signe d’humilité, ou du moins de lucidité.
CLF :   Mais l’inconvénient est……
C : Il est difficile de compartimenter sa vie lorsque c’est nécessaire : nous vivons notre métier de façon constante, nous ne pouvons pas vraiment dire « je pose les valises boulot » ou « je pose les valises vie privée » ; il suffit de croiser une source d’inspiration et hop, c’est reparti. Vive les carnets de croquis, j’en ai semé quelques-uns…
Et puis exercer un métier d’art c’est addictif, autant que le chocolat et la liberté.
CLF :   Pouvez-vous citer un “crime” contre les métiers d’art ?
C : Les dévaloriser, les dénigrer, les considérer comme des non métiers ou de simples occupations oisives déguisées en activité économique. J’ai été confrontée à ce type de commentaires : c’est injurieux, on se sent blessé.
CLF : Qu’avez-vous appris sur vous-même à travers vos œuvres?
C : J’ai appris à accepter l’échec, ce qui est considérable. J’ai appris à aimer mon monde intérieur et à ne pas en avoir honte, à assumer ma part sombre mais aussi ma part lumineuse. Tout un programme, qui d’ailleurs évolue chaque jour.
CLF :   Si vous aviez le temps et la possibilité quel autre métier d’art aimeriez-vous explorer ?
C : Je me serais bien vue en restauratrice de vieux costumes ou de tableaux, ou costumière pour des films historiques : refaire les pas d’un artiste disparu voici des siècles et qui me regarde de là-haut et lui dire « ça te va ce que j’ai fait ? »… Mais seulement un peu, car j’ai quand même besoin d’expression totalement personnelle
CLF :   Avez-vous un bon équilibre travail-vie personnelle ?
C : Un quoi ??? …. CLF : …oui je sais…c’est rare….(pardon pour l’interruption)
C : si on considère que l’équilibre est une alternance d’excès symétriques, alors oui, on peut dire que j’ai quelquefois entrevu cet état nommé « équilibre »…


CLF : Un créateur qui vous épate ?
C : J’aime le travail de Tzuri Gueta,
CLF : oh !  moi aussi, j’adore (pardon pour l’interruption)…euh..oui…alors
C : ……je trouve ses réalisations d’une sensualité très vivante, érotique, très ondulante,  je suis sidérée de voir ça exprimé par un homme sous cette forme. Ses bijoux me rendent très curieuse de connaître sa démarche et ce qu’il ressent à travers son travail.
CLF :   Votre prochaine exposition ?
C :  Maison & Objet qui démarre vendredi, au secours !
CLF :   Où peut-on acquérir vos créations?
C : Je n’ai pas la liste sous les yeux mais on peut commencer par la boutique Talents d’Ateliers d’Art de France avenue Niel Paris 17è
-" Explosif" à Lyon -  "Accessoir’In" à Lille -  "Un air d’Akajou" à Gap -  "Les Idées Claire" à Blois -  "Les Souris Vertes" au Mans…etc… ainsi que diverses boutiques à l’étranger (Belgique, Espagne, Japon…)

 Pour plus d'informations, contact : couleurszaouli(at)gmail.com

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